Trois questions aux auteurs du livre : « L’économie qu’on aime ! »

« L’économie qu’on aime ! » un plaidoyer précis et concret pour une autre économie

Il existe des entrepreneurs innovateurs sociaux, ils sont porteurs de l’économie de demain, tel est le message du livre d’Amandine Barthélémy, Sophie Keller et Romain Slitine, fondateurs de l’agence Odyssem, spécialisée dans l’accompagnement d’initiatives sociales et solidaires. « L’économie qu’on aime ! », publié Rue de l’échiquier est un plaidoyer précis, minutieux et concret sur des expériences d’hommes et de femmes qui ont choisi à travers leur entreprise de s’engager pour leur territoire, de relocaliser des activités parce qu’il s’agit « d’une rationalité économique », de les développer avec souvent pour seule finalité la création d’emploi, etc. On compte parmi les nombreuses initiatives repérées dont les auteurs se sont imprégnés, l’entreprise Bosch, l’équipementier automobile MGI Courier, AlterEos, un groupe d’entreprises qui emploient près de 500 personnes, dont une majorité est handicapée mentale ou physique dans l’agglomération lilloise. Et bien sûr l’entreprise Archer dans la Drôme qui revitalise un bassin d’emploi à partir de la réimplantation d’une industrie de la chaussure. Cette initiative est presque le fil conducteur de l’ouvrage « L’économie qu’on aime ! qui plaide pour un nouveau modèle d’économie.

Trois questions à Amandine Barthélémy, Sophie Keller et Romain Slitine autour de leur livre : « L’économie qu’on aime ! » [1]

Dans votre livre parti-pris, vous voulez faire connaître l’histoire d’entrepreneurs (res) et d’entreprises socialement innovantes parce qu’elles sont au service du territoire et de l’emploi, retrouvant ainsi leur véritable vocation. Quelles en sont les principales spécificités ?

« Notre livre veut montrer qu’il y a une voie plus efficace en économie pour créer de l’emploi, relocaliser, et créer des conditions d’une certaine croissance, qui n’est pas encore assez connue. C’est l’économie qu’on aime. Une économie humaine et efficace qui nous semble être la voie de l’avenir, incarnée par des personnes qui portent des valeurs et les mettent en action. Leur force est de se confronter à cette réalité du développement sur leur territoire, de la création d’emploi et de la relocalisation, tout en étant efficaces et en inventant de nouvelles solutions.

Vous incriminez dans votre ouvrage la financiarisation, mais comment y échapper ?

Quand nous étions étudiants à l’Essec, on nous a toujours parlé d’un seul modèle économique, mais nous avons toujours eu ce regard critique sur l’économie et maintenant que nous sommes enseignants, nous avons à cœur de transmettre cet autre regard. En fait, aujourd’hui, en raison de la financiarisation de l’économie, on a une vision extrêmement réductrice de l’entrepreneur, parce qu’on l’a incluse dans un système plus global, comme s’il n’y avait qu’une seule règle de fonctionnement et où les seules possibilités d’action dans la crise économique que nous traversons seraient les variables d’ajustement que sont l’emploi et les délocalisations pour diminuer les coûts. Il faut sortir de ce système figé et dire au contraire que l’entrepreneur et l’entreprise peuvent réinvestir pleinement leur pouvoir d’action dans l’économie. Par exemple, on a vu des entrepreneurs qui veulent se réapproprier les moyens du financement de leur développement, en mutualisant de l’argent pour investir dans une de ces entreprises.

Qu’est-ce qui mobilise le plus les innovateurs sociaux que vous avez rencontrés ?

Pour certains, il s’agit du développement du territoire, ils vont mettre toute leur énergie, pour d’autres, ce sera l’attachement à des valeurs, comme les entrepreneurs du commerce équitable. Il y a une recherche de sens, d’unité. Beaucoup d’entrepreneurs cherchent à avoir un réel impact, ce qui passe par l’humain dans une activité de plus en plus inclusive. Ces entrepreneurs sont des innovateurs : ils trouvent des niches de croissance, par exemple en reprenant des activités qui avaient été abandonnées. Ils ont une démarche rationnelle car comment développer l’économie quand tant de personnes sont sans emploi ?

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[1] : « L’économie qu’on aime ! », aux éditions Rue de l’Echiquier. Prix 10 euros.