Trois questions à Robert Baron, président d’Unifomation

Trois questions à Robert Baron, président d’Unifomation, Opca de l’économie sociale. Il répond ici sur leur projet d’outils de formation pour aider les employeurs à embaucher les jeunes en emplois d’avenir et sur ce que représente ce programme pour l’économie sociale.

Quels sont les enjeux de votre offre de formation ?

D’emblée, nous ne voulions pas être un simple guichet. Ce qui a conduit notre Opca, qui a travaillé très paritairement, à réfléchir à ce que l’on pouvait essayer de tracer comme types de parcours pour les publics bénéficiaires des emplois d’avenir : en identifiant des métiers communs au moins à deux branches professionnelles au sein de notre Opca qui en compte vingt et une (lesquelles sont pratiquement toutes concernées), et en faisant en sorte que, sur la durée des trois ans du programme, voire un peu plus, avec éventuellement un apprentissage ou un contrat de professionnalisation, ces jeunes salariés puissent découvrir plus avant l’économie sociale et y évoluer ou se diriger vers d’autres structures. Ensuite, nous avons tracé un certain nombre de parcours transversaux, en partant d’un métier qui est souvent peu défini, et qui cependant représente plusieurs opportunités. Par exemple : si on est jardinier dans un chantier d’insertion ou dans un office public de HLM, dans un golf ou dans une maison de tourisme social et familial, on ne travaille pas la pelouse de la même manière. Il y a un cœur de métier commun mais des compétences et des exigences propres à l’activité concernée. La priorité restant de faire un vrai portage transversal dans nos secteurs

Parallèlement, nous avons mis en ligne, sur notre site dédié aux emplois d’avenir que venons de lancer des fiches métiers, et sommes en train de réaliser des vidéos et des petits films de présentation de manière très concrète, qui donnent la parole aux personnes concernées. D’ici septembre, ces supports devraient être achevés et mis également en ligne sur les réseaux sociaux pour parler aux jeunes. Pour ces projets, nous avons reçu un fort soutien de la DGEFP (Direction générale à l’emploi et à la formation professionnelle), et Pôle emploi s’est montré très intéressé par l’utilisation de ces outils.

Le dispositif emplois d’avenir ne pourrait-il pas aider l’économie sociale à se penser davantage comme un secteur professionnel uni ?

Profitons de l’occasion pour faire découvrir des métiers qui existent dans le champ de l’économie sociale ou dans le secteur non marchand. Essayons de faire découvrir les métiers et au-delà travaillons ensemble aussi sur les valeurs véhiculées. Afin que le jeune qui est salarié dans l’économie sociale ait la possibilité de découvrir un mode d’entreprendre différent. Ces valeurs, elles sont introduites dans le mode de management de l’entreprise, mais la branche peut aussi y avoir sa place. Les emplois d’avenir ont également une autre vertu : le programme oblige à réfléchir ensemble autour du parcours du salarié. Est-ce que l’on ne pourrait pas créer des certificats de qualification professionnelle transversaux à plusieurs branches professionnelles ? Cette perspective pourrait faire bouger un certain nombre de choses, passer de la juxtaposition à la construction commune. C’est cet ensemble là que nous essayons de mettre en œuvre au niveau de l’OPCA.

Le nombre d’emplois d’avenir créé est encore assez faible. Avez-vous commencé à dispenser des formations et quelles projections faites-vous pour ces trois ans à venir ?

Pou les chiffres, on arriverait actuellement à 15 000 emplois d’avenir environ, en comptant les collectivités locales et l’Education nationale. Du côté des branches qui relèvent de notre Opca, on vient de voir le régime général de la Sécurité sociale s’engager avec l’Etat sur 500 emplois d’avenir dans les CAF et l’aide à domicile vient de s’engager sur 3 000 emplois d’avenir. C’est récent, mais cela veut dire qu’il y a un nombre de réflexions qui ont mûri et l’on commence à observer des situations qui se débloquent. Je pense qu’à la rentrée, une maturation aura eu lieu. Dans les grands réseaux, autour de l’éducation populaire, la Ligue de l’enseignement, Léo Lagrange, etc., on s’est engagé sur des chiffres très raisonnables et cela devrait se mettre en place. Ceci étant, je pense qu’il ne faut pas faire que du chiffre, il faut faire de la qualité et éviter des échecs en travaillant à la réussite du dispositif.

On pourrait imaginer que le programme emplois d’avenir dure le temps du quinquennat. Le chiffre de 150 000 en deux ans n’est plus aujourd’hui réaliste. Pour autant, je ne pense pas qu’il faille ouvrir les emplois d’avenir à des catégories de jeunes davantage formés, ce serait un mauvais service à rendre au programme et aux jeunes éloignés de l’emploi. Il faut peut-être faire autre chose pour des jeunes qualifiés. Une partie va se jouer avec le contrat de génération où de jeunes diplômés pourront obtenir des postes. On sait que dans la protection sociale, il y aura très rapidement des besoins car beaucoup de salariés vont partir en retraite. A Uniformation, on commence à travailler sur ce programme, il mobilise des acteurs très différents de ceux impliqués dans les emplois d’avenir.