Se coordonner et former, pour réussir le pari des emplois d’avenir

114 000 emplois par an, voilà le potentiel d’emplois que recèle l’ESS, selon les résultats de l’étude du Crédoc sur les besoins de main d’œuvre dans le secteur pour des jeunes peu qualifiés, cible du dispositif des emplois d’avenir. Pour le Crédoc, la mutualisation, la coordination et la qualification sont les clés de la réussite de la création de ces emplois.

En commandant au Crédoc l’étude sur les besoins de main d’œuvre dans l’ESS, le ministre délégué à l’ESS, Benoit Hamon, souhaitait « disposer d’éléments précis afin de mettre en œuvre des politiques de soutien ciblées sur les emplois pérennes et de qualité ». Les travaux du Crédoc se sont appuyés : sur les résultats de l’enquête BMO (Besoins en main d’œuvre) de Pôle emploi qui porte sur 10 000 établissements recruteurs du secteur ; et sur l’enquête d’observation de l’emploi de l’Insee autour d’un échantillon de 10 000 salariés de l’ESS.

Pour la partie qualitative, le Crédoc a réalisé 60 interviews de responsables de recrutement dans 40 associations, dans 10 mutuelles du livre III (médico-social) et dans 10 coopératives. Les résultats ont mis au jour une projection maximum de 114 000 recrutements emplois annuels pour des jeunes peu qualifiés et identifié vingt métiers. Les interviews ont aussi fait apparaître un sentiment d’inquiétude principalement du fait du désengagement de l’Etat et parce que les collectivités territoriales connaissent de sérieuses difficultés financières, notamment à cause de la diminution de la dotation de l’Etat. « Ce sentiment, observe l’étude, est particulièrement prononcé au sein du monde associatif ». Ce qui n’est pas le moindre paradoxe puisque c’est principalement au sein des associations que s’exercent les métiers repérés, mais également dans les mutuelles du Livre III qui

« elles semblent plus sereines » face aux difficultés.

Des métiers porteurs dans l’action sociale

Le chiffre de recrutement de 114 000 emplois annuels de jeunes peu qualifiés dans l’ESS, avancé dans l’enquête du Crédoc est apparu à beaucoup comme une projection très optimiste. Elle contredit l’évaluation de la dernière étude de Recherche et solidarités de création de 25 000 emplois d’avenir en 2013. Pour Yvon Merlière, directeur général du Crédoc : « Les 114 000 emplois d’avenir sont une évaluation du potentiel d’emploi, elle permet une prise de conscience et de mieux saisir que le secteur de l’ESS est capable de créer des emplois et que l’on peut se mobiliser ».

Parmi les vingt métiers identifiés, aides à domicile, aides ménagères, aides soignants, agents d’entretien de locaux, professionnels de l’animation socio-culturelle, éducateurs spécialisés, employés de maison, 4 concentrent les projets de recrutement. Il s’agit des aides à domicile, des aides ménagères, des aides soignants et des employés de maison. Principalement donc des métiers qui relèvent de l’action sociale. Or, justement, s’il ne fait pas de doute au vu des nombreuses conventions signées entre les fédérations d’associations et les pouvoirs publics que les responsables associatifs sont engagés dans le dispositif emplois d’avenir, les structures de l’action sociale, souvent petites, vont-elles pouvoir réaliser ces recrutements et suivre les nouveaux embauchés dans un parcours de qualification ?

Des freins à l’embauche surmontables

« L’action sociale est très morcelée, et beaucoup d’associations sont fragiles, observe Yvon Merlière, du Crédoc, en se regroupant, elles pourraient peut-être créer des fonctions supports, telles que le secrétariat, la comptabilité, le recrutement. C’est ce qui se passe déjà dans les clubs sportifs où il existe de très bonnes pratiques ».

L’enquête du Crédoc a révélé, lors des interviews, que pour beaucoup d’associations, bien cerner les critères de sélection à l’embauche est une pierre d’achoppement. Sans doute parce que le secteur a affaire à des critères d’embauche très particuliers auxquels l’ESS n’est pas nécessairement habituée : mesurer le savoir-être, les capacités d’assiduité, évaluer l’autonomie, etc. « Il faut absolument que les Missions locales et Pôle emploi jouent leur rôle en la matière, martèle Yvon Merlière en présélectionnant et en identifiant les jeunes en mesure de suivre des formations au cours de cursus adaptés au moment de l’exercice de l’activité ou après trois ans avec la validation des acquis d’expérience professionnelle. C’est ainsi que s’établira un cercle vertueux dans la progression des jeunes en emploi d’avenir. »

Hors-Série FIL CIDES N°3 « Faire des emplois d’avenir des emplois de qualité »

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