Les nouveaux chiffres de l'exposition aux risques psychosociaux en France

La Dares (Ministère du Travail) vient de publier de nouvelles données sur l’exposition des salariés à des facteurs de risques psychosociaux. Nos experts du Cides ont passé au crible ces chiffres et les comparent à la situation constatée dans l’ESS. Un état des lieux qui souligne l’importance de se préoccuper de la qualité de vie au travail.

L’enquête de la Dares a été menée en 2015-2016 auprès de 27 000 salariés de tous secteurs d’activité. Elle se base sur des entretiens et questionnaires auprès des salariés, mais aussi sur leur état de santé, ce qui permet de mieux comprendre les relations entre santé et travail.

Quel que soit le secteur d’activité ou le métier, le travail n’est jamais une simple exécution. A partir de ce qui lui est prescrit, le salarié met en œuvre son activité en fonction de l’ensemble des imprévus qui surgissent. Si le salarié, dans ce contexte de variabilité, trouve des marges de manœuvre, il va développer plaisir et santé au travail. Au contraire, s’il rencontre des situations de débordement, il peut se trouver en incapacité à faire face, et en situation de risque pour sa santé. C’est ce que l’on appelle les risques psychosociaux.

Les risques psychosociaux sont liés à différents facteurs* :

> Les exigences du travail (charge de travail, rythme, pression, complexité, etc.), lorsqu’elles sont importantes ;

> Les exigences émotionnelles (relations et tensions avec les publics) ;

> L’autonomie et les marges de manœuvre, lorsqu’elles sont insuffisantes pour faire face aux exigences du travail ;

> Les relations avec les collègues et l’encadrement (soutien, coordination, répartition des tâches, travail collectif ou isolé, etc.) ;

> Les conflits de valeurs (conflits éthiques, qualité empêchée) ;

> L’insécurité d’emploi (capacité à se projeter dans l’avenir).

Les atteintes à la santé sont liées :

> à l’importance de l’exposition à ces facteurs (en quantité, intensité) ;

> à la durée d’exposition au cours de la vie professionnelle.

Stabilisation des contraintes liées au rythme et à la charge de travail

Exigences du travail

La situation des salariés est marquée par une stabilisation globale des contraintes de rythme et de charge de travail : devoir se dépêcher, être interrompu… Dans l’ESS, la situation est plus dégradée que dans le reste du salariat : 40% de l’ensemble des salariés estiment devoir effectuer une quantité de travail excessive, alors qu’ils sont 50% dans l’ESS

Exigences émotionnelles

De plus en plus de salariés sont en contact avec un public, mais la proportion de salariés qui déclarent vivre des tensions avec le public est stable : 31% en 2016. Dans l’ESS, 74% des salariés disent se sentir affectés par l’attitude ou les agressions verbales du public.

Autonomie et marges de manœuvre

La Dares pointe un recul de l’autonomie pour toutes les catégories professionnelles. Cela correspond à une évolution des organisations du travail qui accentue la prescription : objectifs et moyens de les atteindre sont de plus en plus cadrés. Dans l’ESS, le constat est le même : la proportion de salariés disant que leur travail leur permet de prendre souvent des décisions ou qu’ils ont la possibilité de faire évoluer les procédures, est en baisse entre 2013 et 2016.

Soutien des collègues et de l’encadrement

Globalement, le soutien de l’encadrement est stable à un niveau de satisfaction élevé dans l’ensemble du salariat. Le sentiment de reconnaissance est en hausse, et les situations de violence morale (salariés qui subissent des comportements hostiles en interne) sont en baisse. Dans l’ESS, par contre, la situation s’est légèrement dégradée entre 2013 et 2016, ce qui souligne la baisse de disponibilité de l’encadrement de proximité.

Conflits de valeurs

10% des salariés déclarent « faire des choses qu’ils désapprouvent ». Dans l’ESS, ces conflits de valeurs sont également présents et en hausse sur la période 2013-2016 : seulement 73% des salariés disent être fiers de travailler dans leur structure actuelle, 63% estiment avoir les moyens matériels de réaliser un travail de qualité, et 22% ont le sentiment d’être parfois maltraitants avec le public du fait de leurs conditions de travail.

Insécurité d’emploi

Enfin, près de 25% des salariés ont des craintes pour leur emploi. Ce taux est stable sur la période 2013-2016. Dans l’ESS, la proportion de salariés inquiets est plus élevée (seulement 56% sont rassurés pour leur emploi en 2016) et en hausse.

Y a-t-il une spécificité de l’exposition aux RPS dans l’ESS ?

L’étude de la DARES met en évidence une stabilisation de l’exposition à des facteurs de RPS pour l’ensemble des salariés et même une amélioration du soutien de l’encadrement. Le seul point qui se dégrade est la baisse de l’autonomie dont disposent les salariés. C’est une conséquence des évolutions des organisations du travail, qui impacte négativement la santé. En effet, l’autonomie est un important facteur de protection vis-à-vis des risques psychosociaux.

Dans l’ESS, la situation semble globalement plus dégradée que dans le reste du salariat : davantage d’exigences du travail, davantage de situations de tensions avec les publics accompagnés, une dégradation de l’autonomie, du soutien de l’encadrement, une augmentation des conflits de valeurs et de l’insécurité d’emploi… D’ailleurs, à la question « Au cours de ces dernières années, diriez-vous que votre qualité de vie au travail dans votre poste actuel…? », 49% des salariés de l’ESS répondent « S’est dégradée », tandis qu’ils ne sont que 31% dans le reste du salariat selon le CSA.

Cette récente étude de la DARES vient donc souligner l’enjeu de la prise en compte de ces questions de qualité de vie au travail et de risques psychosociaux dans les organisations de l’ESS.

 

 


* « Mesurer les facteurs de risques psychosociaux au travail », Rapport du collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, faisant suite à la demande du Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, mars 2011.