L’enquête emploi Unifaf 2012 : des évolutions assez positives même en temps de crise

Le 14 février dernier s’est tenue au salon Debré, au ministère de l’économie et des finances, à Paris, la présentation des résultats de l’enquête emploi 2012, réalisée par l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications de la Branche sanitaire, sociale et médico-sociale, privée à but non lucratif, et Unifaf, le Fonds d’assurance formation de la branche sanitaire, sociale et médico-sociale, privée à but non lucratif. Ce rendez-vous quinquennal était l’occasion de mettre en avant les nombreuses mutations de plus de 14 000 structures ayant participé à l’enquête.

Benoît Hamon, ministre chargé de l’Economie sociale et solidaire et de la consommation était présent. Il a rappelé les priorités gouvernementales en termes d’emploi notamment via les contrats d’avenir, de fiscalité, de création de nouveaux outils de financement (telle que la BPI) et le projet de loi pour stabiliser le périmètre de l’ESS, inscrivant ainsi le secteur comme un pilier stratégique de la croissance du pays.

Marie-France Guthey-Perrot (présidente de l’observatoire – CGT-FO) et Florence LEDUC (Présidente adjointe-Unifed-Fehap) ont souligné les enjeux pour l’emploi de la branche sanitaire, sociale, médico-sociale, privée à but non lucratif au travers de : la prise en compte de l’usager, l’ancrage territorial des services de soins à domicile comme levier d’action pour la création d’emplois, notamment en milieu rural. D’autres questions actuelles ont également été mises en exergue, notamment celles liées à la refonte des projets associatifs, les défis d’innovation, l’évolution des emplois et les ajustements permanents à opérer entre compétences et qualité de soins.

A cet effet, trois tables rondes ont permis de débattre autour de trois axes

Lors de la première table intitulée « Une branche au service de la cohésion sociale et du développement des territoires », Annie Leculée (CGT – Membre du bureau de la CPNE-FP) et Jean-Marie Poujol (Unifed-Syneas – président adjoint d’unifaf) ont souligné les responsabilités et le « sens » que doit donner la branche aux usagers et aux parcours des professionnels.

La seconde table « Se transformer pour durer : les structures associatives à l’heure des rapprochements et du développement des compétences » a vu Marie-Sophie Desaulle (DG de l’ARS Pays de la Loire) et Jean-Marc Le Grand (DG de l’association Anaïs) exposer plusieurs enjeux auxquels les associations font face (difficulté de mobiliser les finances publiques, renouvellement de la gouvernance associative, accroissement de la demande d’expertise…). Autant de facteurs auxquels les rapprochements et la mutualisation des moyens pourraient permettre de répondre.

Enfin, plusieurs actions mises en place au niveau régional (Région Languedoc) et au niveau national ont été présentées par Beatrice Negrier (vice-présidente de la Région Languedoc-Roussillon) et Jean-Pierre Delfino (DG d’Unifaf) lors de la table ronde « Attractivité et gestion des carrières : la question des ressources humaines au centre du devenir associatif ».

Puis Estelle Bacher-chauvin a présenté les résultats de l’enquête dont les principaux enseignements révèlent des résultats paradoxaux : stagnation récente de l’emploi dans le sanitaire et social et dynamique de création d’emplois dans le médico-social (voir encadré). Elle a ensuite conclu en réalisant un focus sur les questions d’usure professionnelle portant plus particulièrement sur les secondes parties de carrières.

Pour clore ces travaux, Xavier Dondey (Président de la CPNE-FP- Unifed-Fegapei) à déclaré que les résultats de l’enquête contribuent à définir les orientations de la CPNE en termes d’emploi, de sécurisation des parcours, d’attractivité du secteur et de GPEC différenciée. Jean-Baptiste Plarier (CFE-CGC – Président d’unifaf) a insisté sur la nécessité d’accompagner les associations au cours de cette période de mutations, avec une attention particulière à l’égard des petites structures.

Que dit l’enquête ?

Toutes activités confondues, les établissements associatifs emploient 700 720 salariés, soit 589 900 ETP répartis sur plus de 20 000 établissements. Ils représentent près d’un tiers des effectifs de l’ESS.Ces chiffres placent la branche au même niveau que les secteurs de la métallurgie, le bâtiment ou encore l’hôtellerie-restaurationen termes d’emplois.

L’enquête montre qu’après une croissance ininterrompue, particulièrement ces cinq dernières années (+ 25 % de créations d’emplois), il semble que l’année 2011 marque une stabilisation au niveau de la branche, avec des différences entre les secteurs d’activités observés. Le secteur sanitaire et social semble être le plus concerné par cette stabilisation, puisque ce denier a vu une stagnation en nombre d’emplois qui n’a guère progressé entre 2007 et 2012.

Si la tarification à l’activité, les regroupements, accréditations constituent des éléments qui concourent à une rationalisation de l’offre de soins et une maitrise des effectifs, il apparaît que le médico-social soit moins concerné par cette tendance. En effet, la dépendance et le handicap, se voient impulsés par une dynamique d’emploi et de recrutement à corréler avec plusieurs facteurs : vieillissement démographique de la population, allongement de l’espérance de vie et de fait, de l’âge d’entrée en EHPAD, le développement de pathologies comme la maladie d’Alzheimer. Autant d’éléments qui contraignent ces structures à adapter leur offre en créant de nouveaux services.

La crise ne semble pas impacter la volonté d’agir des associations, puisque 27 % des associations gérant des maisons de retraite ou des établissements accueillant des personnes handicapées ont pour projet de créer de nouveaux services, et 11 % souhaitent créer un nouvel établissementau cours des cinq prochaines années.

Cependant, les restrictions budgétaires et nouvelles contraintes budgétaires semblent transformer ce panorama associatif, la tendance est à la mutualisation de moyens et aux regroupements au sein de la branche, qui regroupe principalement des structures de petite taille. L’enquête révèle la nécessité pour ces structures de croître pour s’en sortir, puisqu’une association de moins de 50 salariés sur trois estime ne pas avoir atteint une taille suffisante pour maintenir la pérennité de son activité, et une association sur six serait actuellement engagée dans un processus de coopération.

Parmi les effets de ces mutations, l’étude met en exergue l’effet de structuration des sièges, avec la constitution pour certaines associations, d’un noyau direction-gestion administrative et financière-gestion des ressources humaines.

Par ailleurs, si la branche connaît depuis plusieurs décennies un taux de féminisation important (75 % de femmes), l’étude souligne une évolution en termes d’accès aux postes d’encadrement. En effet, si le pourcentage de femmes occupant des postes de directeurs généraux était de 28 % en 2007, et de 38 % pour les directeurs d’établissement, ces chiffres grimpent respectivement à 38 % et 46 % aujourd’hui. Autre spécificité, la proportion élevée de salariés en CDI (près de 90 %), à l’exception du secteur pour adultes en difficulté où ce taux baisse à 71%.

Si les difficultés de recrutement du personnel soignant qualifié (aides soignants, infirmiers) demeurent, il semble que l’inquiétude de 2007 à cet égard se dissipe aujourd’hui grâce aux efforts de formation, particulièrement pour le personnel éducatif.