La vérité des chiffres sur les conditions d’emploi dans les associations

Salaire, temps de travail, type de contrat… dans certains secteurs, les associations emploient mieux que le privé lucratif. Mais le contexte des petites associations reste le plus délicat. En avant-première de sa publication dans le Paysage associatif, l’étude dirigée par l’économiste Lionel Prouteau, dresse un panorama précis des conditions d’emploi en associations.

Nul ne sait encore ce que pourrait être le plan de soutien aux petites associations qu’Emmanuel Macron a appelé de ses vœux le 4 février dernier lors d’un événement du Grand débat à Evry-Courcouronnes. Au lendemain de l’annonce présidentielle, le Mouvement associatif a rappelé la proposition formulée dans le rapport remis au gouvernement en avril 2018 de concevoir une politique de soutien à l’emploi associatif. Dans ce débat très politique, l’étude dirigée par Lionel Prouteau, maître de conférences émérite en économie à l’Université de Nantes, apporte une analyse détaillée sur les conditions d’emploi dans les associations, ce qui n’est pas sans lien avec les appels à un soutien aux petites associations.

L’étude(1) , qui sera reprise dans la prochaine édition du Paysage associatif (à paraître au printemps 2019), poursuit un double objectif. D’une part établir, la réalité des conditions d’emploi des salariés dans toute la diversité du monde associatif (taille en nombre de salariés, de budgets et de secteur d’activité) et, d’autre part, comparer le contexte des associations avec leurs homologues de l’économie lucrative.

Les petites associations culturelles et sportives sont les plus mal loties

Première confirmation : « Nous sommes face à une grande diversité de situation entre associations et on ne peut généraliser l’idée que travailler en association soit défavorable au salariés par rapport à un même emploi dans le secteur privé hors association », résume Lionel Prouteau. L’étude confirme toutefois, que le secteur du sport, de la culture, et, de manière moins tranché, les loisirs offrent des conditions d’emploi plus défavorables que les entreprises lucratives : recours élevé aux emplois occasionnels, au temps partiel, une moindre part de CDI comparativement aux plus grandes associations. Ces trois secteurs ont en commun la surreprésentation de petites, voire, très petites associations. « [Leur fonctionnement] repose sur des modèles économiques très instables dont la survie n’est assurée que grâce au travail non-rémunéré que représente le bénévolat », relève l’étude. « La petite taille des organisations et leurs faibles ressources, ne leur permettent pas d’avoir une direction salariée à qui serait déléguée cette fonction. »

Si l’on compare le revenu annuel moyen(2) dans le spectacle vivant qui recouvre la majorité des associations culturelles, un salarié du secteur privé lucratif touchera près de 30 % de plus qu’un salarié associatif. Dans le sport, le différentiel atteint près de 90 % tout en soulignant qu’on trouve, face aux associations sportives, les clubs professionnels. Mais en s’arrêtant à la comparaison du volume de travail annuel, la moyenne de temps de travail annuel dans le privé lucratif reste supérieure de 33 % au secteur associatif (cf. Iconographie ci-dessous).
A contrario, dans les activités de santé ou l’enseignement, les conditions de travail sont plus favorables dans les associations. Ainsi, dans le secteur de la santé, un salarié du privé lucratif travaille peu ou prou autant qu’un salarié associatif sur l’année, mais touche un salaire inférieur de 17 %. Dans d’autres secteurs comme le social et le médico-social, le salaire brut annuel est inférieur d 10 % au secteur associatif. Cela s’explique par le fait qu’un salarié du privé lucratif affiche 14 % de temps de travail en moins sur l’année que son homologue associatif, qui, lui compense un moindre salaire horaire par une plus grande intensité de travail.

L’antériorité du dialogue social

Lionel Prouteau identifie un point commun aux deux secteurs les plus sinistrés : la faible antériorité du dialogue social qui aurait favorisé la professionnalisation de branche. Dans le sport, la convention collective de branche ne date que de 2005. Dans le secteur culturel, l’économiste constate que, si les conventions collectives existent, « la régulation des relations salariales est bien d’avantage assurée par le régime de l’intermittence que par ces conventions collectives ». Pour asseoir cette hypothèse, l’étude remarque que là où les conditions de travail sont meilleures, sont aussi ceux qui se sont professionnalisés de manière précoce, notamment par l’entremise d’une structuration en organisation d’employeurs « qui se reconnaissent comme tel » : La Fehap est apparue en 1936, l’Unapei en 1960.

Le critère de la taille n’est pas non plus anodin en matière de condition de travail. Ce sont dans les secteurs où l’on retrouve les conditions de travail les plus favorables que l’on retrouve, aussi, les plus gros établissements et associations en termes de nombre d’emploi.

 

1. L’étude s’appuie sur les déclarations administratives de données sociales (DADS) compilées par l’Insee sur l’ année 2013
2. Le salaire annuel donne une idée plus globale des conditions d’emploi puisqu’il pondère le salaire horaire avec le temps de travail annuel qui dépend, lui du type de contrat à temps complet, partiel ou occasionnel.

 

Des inégalités femmes-hommes moins marquées dans les associations
Une femme gagne moins qu’un homme, même dans les associations. Ce n’est pas une nouveauté. Toutefois les écarts sont moins élevés que dans les entreprises privées lucratives. Une femme gagne 1,49 euros de moins (9 %) qu’un homme dans une association, tandis dans le privé lucratif, cette différence monte à 2,40 euros (14 %). Les différences entre associations et secteur privé lucratif s’accroissent avec la catégorie socioprofessionnelle. Et logiquement, ce sont les cadres masculins des associations qui affichent le plus grand différentiel avec leurs homologues des entreprises lucratives, car c’est là que se trouvent les plus grandes