La courbe de l'emploi s'est bien inversée dans l'ESS

L’emploi dans l’ESS diminue depuis 2017 après six années de hausse continue. Ce n’est pas un scoop pour les associations, mais la baisse se confirme sur l’ensemble des familles de l’ESS d’après une note de conjoncture publiée par l’Observatoire national de l’ESS.

L’édition récente de la France associative en mouvement avait déjà donné le signal de la descente en ce qui concerne les associations en 2017. Celles-ci couvrant plus des trois quart des emplois dans l’ESS, il était probable que l’affaissement de l’emploi associatif influe sur la courbe globale qui intègre les mutuelles, les coopératives et les fondations.

Toutes les familles baissent

Au final, seules les fondations ne sont pas touchées par l’inflexion. L’Observatoire national de l’ESS – CNCRESS qui publie cette note à l’ouverture du Mois de l’ESS constate que la baisse globale du nombre de salariés dans l’ESS (temps pleins et temps partiels) a été de 0,3 % en 2017 et 0,5 % en 2018. Les associations perdent le plus (-0,6 % en 2017 et -0,7 en 2018). Les coopératives (hors coopération agricole, filiales de coopératives et coopératives d’entreprises) perdent aussi du terrain (-0,3 % en 2017 et -0,8 % en 2018) et les mutuelles affiche une perte d’emplois de 0,8 % en 2017 et 1 % en 2018. Les fondations (et notamment les fondations dites redistributives qui accompagnent et financent des projets) ont vu bondir de plus de 30 % le nombre de salariés depuis 2010.

Sur la même période et malgré l’inflexion sur les deux dernières années, la courbe de l’emploi a progressé de 0,4 %/ an en moyenne, générant 71100 nouveaux emplois.

Effet miroir

Fait marquant la courbe de l’emploi ESS est le parfait miroir inversé de celle de l’emploi privé hors ESS. Ainsi, entre 2011 et 2016, alors que l’emploi privé a diminué, l’ESS augmentait et inversement à partir de 2017. Résultat, l’ESS, créateur net d’emploi durant les années de crise à contribué pour 25 % du solde net d’emplois sur cette période. Face à la crise les structures de l’ESS sont donc plus résilientes que l’emploi privé. Toutefois, lors que la reprise économique se fait sentir, la réaction sur l’emploi dans l’ESS se fait attendre. Les chiffres de 2020 devraient éclairer un peu plus sur cette tendance.

Pour l’heure, les explications avancées sont diverses selon les familles d’entreprises. Les mutuelles vivent une période de concentration des acteurs, au sein des coopératives c’est le secteur bancaire qui semble appuyer la courbe vers le bas, alors que le commerce coopératif où la construction se portent bien. Les explications sont connues pour les associations : les embauches en contrat aidés ont été réduites de 70 % tous employeurs confondus et ont pesé sur les associations. Certains secteurs aussi ont été particulièrement touchés comme l’aide à domicile (difficultés à embaucher et fidéliser les équipes -21000 emplois), la culture, le sport et le loisirs qui ont subit le stop and go du changement de rythmes scolaires. Mais pour Jérôme Saddier, président d’ESS France, il ne faut pas dramatiser :  » la dynamique de l’emploi reste soutenue, bien qu’elle subisse les impacts des politiques publiques. Car l’ESS ne dépend pas non plus que des politiques publiques. »