Juliette : Enfants placés, éduc’ spé, tous confinés !

31/03/2020 Focus
Observation de l'ESS

#Derrièrelesmasques 05 : Juliette Jeantet est éductrice spécialisée auprès d’enfants placés aux Alizés, une Maison d’enfants à caractère social, de Saint-Romain-au-Mont-d’Or, dans le Rhône. Ces enfants, séparés de leur famille malgré eux, voient, pour la première fois leur situation devenir la norme…

« Ca fait deux semaines qu’ils restent H24 ici, puisque les écoles sont fermées. Nous avons-du réinventer totalement notre fonctionnement », raconte Juliette Jeantet. « Ils » ce sont des enfants. Pas les siens, bien qu’elle ait la charge de leur apporter un cadre rassurant, structurants d’autant plus en période de confinement. Juliette est éducatrice spécialisée aux Alizés, une Maison d’enfants à caractère sociale (MECS) de Saint-Romain-au-Mont-d’Or. 22 enfants de 4 à 18 ans y sont confinés.

Recréer des rituels

Certains retournaient dans leur famille le week-end, d’autres voyaient leur famille pour quelques heures en visite dite médiatisée. Ils ne le peuvent plus. Beaucoup doivent faire avec des troubles du comportement et aucun n’a connu un début de vie rêvée, rendant leur placement nécessaire. « Nous avions des rituels bien rodés qu’il a fallu remplacer par d’autres », raconte Juliette. La journée se découpe entre le suivi scolaire en l’absence d’école, les repas, les temps libres et les activités qui remplissent les journées. Chaque éducateurs y va de sa compétence propre : atelier bricolage le matin pour repeindre un coin de la propriété, composition d’un chanson (voir ci-dessous) et tournage du clip, cours de taille de pierre…

Colo… pas vraiment

A la vue du grand parc verdoyant qui entoure la Maison des Alizés, on se dit qu’elle est belle la colo ! Mais la carte postale a son verso. « Nous ne sommes pas dans l’occupationnel. Notre objectif est qu’ils gardent une trace positive de ce que l’on fait et de ce qu’ils font. Ils ont cette tendance permanente à vouloir se dévaloriser. Alors nous lançons des graines d’espoir pour qu’elles germent », résume Juliette Jeantet. Et le contexte est finalement propice à la germination…

« Ils ressentent de la tristesse, bien sûr. Mais il y a aussi beaucoup de sagesse dans leurs réactions et de solidarité entre eux », reconnait l’éducatrice qui poursuit : « pour la première fois de leur vie, ils ne sont pas les seuls rejetés de l’histoire. Nous sommes tous confinés et coupés en partie ou totalement de nos familles. Il s’en dégage un truc presque familial. » Mais pour l’éducateur il faut rester en éveil car la submersion des passions n’est jamais loin pour ces enfants, surtout quand il n’y a aucun sas de décompression, faute d’école ou de famille.

A la lessive !

Il a fallu aussi réinventer un fonctionnement d’équipe qui a perdu 30 % de ses effectifs depuis le confinement. Une MECS, ce sont des éducateurs, mais aussi des veilleurs de nuit, des maitresses de maison, des équipes en cuisine et du personnel administratif. Des fonctions peu interchangeable a priori. « Encore plus en ce moment que d’habitude, il faut être proche des équipes, explique Nathalie Marichal qui dirige les Alizés. Il faut encore plus échanger, plus de solidarité et ont fait les lessives si les maîtresses de maison ne sont pas là ! »

Mutualisation RH

Pour compenser la baisse d’effectifs, les Alizés ont bénéficié de renforts en CDD mais aussi des capacité du Prado, l’association gestionnaire a mutualisé ses ressources au travers de ses 35 établissements sur la région Auvergne-Rhône-Alpes. Sabrina Boumaiza monitrice éducatrice est venue prêter main forte à Juliette, en provenance de l’Institut Elise Rivet, fermé, qui scolarise des enfants en situation de handicap, dont l’un deux réside aux Alizés. Pour assurer le déjeuner, c’est encore les cuisines de l’Institut Elise Rivet qui sont restées ouvertes. Et la mutualisation dépasse les frontières du Prado, puisque la caserne de pompier de Cusset (Villeurbanne) a proposé de libérer un pompier d’astreinte la nuit pour suppléer à l’absence d’un veilleur.

« Nous recréons du commun et du sens. Je pense que tout le monde, enfants et adultes, sortira grandi de cette galère », résume Nathalie Maréchal. Mais si les Alizés sont parvenus à assumer l’intensification de l’activité, Juliette relève : « certains foyers sont débordés, en sous-effectif et travaillent dans des conditions très difficiles ! Là où la crise du social était déjà présente, elle ne l’est que davantage. »

Corona Phoenix (extrait)On ne voit plus personne

Tous nos proches nous manquent

Reste plus qu’le téléphone

C’est la guerre on se planque !

Refrain

Confinés, mais pas cons finis,

Contre-temps obligé, elle continue la vie,

Confinés, mais pas contaminés,

Le coronavirus, on en fait qu’une bouchée