Grégory : urgentiste de la propreté contre le virus

02/06/2020 Focus
Observation de l'ESS

#Derrièrelesmaques 16 : Grégory Flour, salarié de l’entreprise adaptée Les Ateliers de la Manche, est monté au plus prêt du front du Covid-19. Expérimenté en bio nettoyage, il a renforcé les équipes chargées de  la propreté des parties communes de l’Institut médico-chirurgical Calot à Berck. Il nous raconte le rehaussement des exigences sanitaires et le quotidien de cette armée de l’ombre.

La journée débute à 5 heures du matin. « On met notre blouse, les charlottes, nos gants et notre masques et c’est parti, en équipe et en respectant les distances… », décrit Grégory Flour qui a déjà 20 ans d’ancienneté au sein des Ateliers de la Manche. Cette entreprise de 120 salariés est la plus grosse entreprise adaptée (entreprise qui emploie des personnes en situation de handicap) du département la troisième des Hauts-de-France. Poignets de porte, boutons et portes d’ascenseur, rampes des couloirs, escaliers… tous ces points où nos mains se posent sans y penser, Grégory et ses collègues, eux, ne pensent qu’à ça.

Au plus près du virus

Frotter, désinfecter et y revenir trois fois, voire cinq fois par jours comme c’est le cas pour l’ascenseur qui transporte les malades… et tout ça en respectant les gestes barrières et les distances entre collègues pour limiter le risque d’infections croisées.

Les équipes des Ateliers de la Manche ne s’occupent pas du « blanc », c’est-à-dire les espaces de soin, les chambres ou les blocs opératoires. Mais avec l’épidémie, l’Institut Calot a revu son niveau d’exigence dans ses parties communes qui sont les espaces où circulent le plus malades et soignants. « j’ai vu passer des patients avec les bouteilles d’oxygène, ça fait un choc… » Grégory a cette petite peur d’attraper le virus qui le taraude : « j’ai une femme et des enfants… Mais nous sommes bien protégés. »

Penser à ceux qui passent derrière nous

Quand il n’y a pas de pandémie, Grégory intervient dans des garages ou des bureaux. Mais le confinement et l’épidémie ont nécessité de renforcer les équipes sur le bio nettoyage hospitalier. Il n’a pas hésité : « si je ne venais pas à Calot, c’était le chômage partiel. Et moi, je ne peux pas rester à rien faire. » Cette période du confinement a aussi été l’occasion de faire changer le regard sur le métier de la propreté : « Il faut penser à ceux qui passent derrière vous », résume-t-il laconiquement.

A 12 heures, la journée terminée, on se débarrasse de son armure jetable et le père de famille file sous la douche :  « ce n’est pas obligatoire, mais comme j’ai des enfants à la maison, je préfère limiter au maximum les risques. » Et le demain, c’est reparti. Les responsables ne cessent de « faire des piqûres de rappel sur les règles à respecter », souligne Grégory. « C’est sûr qu’à la pause, on se parle d’un peu plus loin, mais ça n’empêche pas de faire des blagues. J’aime bien mettre un peu d’ambiance. C’est ça aussi la solidarité, bien se parler… »

Formation

« Nos équipes ont été formées aux nouvelles exigences au début du Plan blanc par les infirmiers hygiénistes de l’hôpital. Ce sont eux qui fixent les règles et assurent aussi des prélèvement pour contrôler l’absence de bactéries, là où nous avons nettoyé », explique Olivier Protin, directeur des Atelier de la Manche. Le bio nettoyage est la principale activité de l’entreprise adaptée, à côté de la blanchisserie, le bâtiment et l’entretien d’espaces extérieurs. La place que la propreté dans notre société valorise encore mieux le travail réalisé par des salariés qui peinent à trouver un emploi sur le marché classique.

L’histoire des Ateliers de la Manche est liée à celle de la Fondation Hopale, dont fait partie l’entreprise, l’Institut Calot et d’autres établissement sanitaires, spécialisés dans les soins et l’accompagnement de personnes cérébro-lésées. Mais aujourd’hui l’entreprise adapatée emploie aussi des personnes souffrant de troubles psychiques ou encore de pathologies dues à l’usure professionnelle.

Avec le déconfinement et la reprise progressive des activités économiques, les entreprises clientes des Ateliers de la Manche appellent toutes pour désinfecter leurs locaux. « Ils veulent qu’on vienne en urgence », rit Grégory… signe que la propreté devient stratégique : « je repars sur d’autres chantiers : demain un garage, après des bureaux… ». Son expérience dans l’hospitalier sera un gage de qualité pour ces clients plus classiques mais devenus très tatillons.

 

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