En Espagne, le secteur de la prévention des risques professionnels en plein marasme

Le magazine Santé & travail1 du mois de janvier consacre un article au système de prévention en Espagne où du fait de la crise plusieurs services chargés de la prévention des risques professionnels pourraient disparaître.

« L’Espagne, lorqu’elle a transposé en 1995 la directive européenne sur la prévention des risques professionnels, a opté pour la création d’un secteur professionnel de la prévention, en incitant les entreprises à déléguer cette mission à des services externes. Résultat : près de 60 % des entreprises en Espagne ont aujourd’hui recours à un service de ce type pour remplir leurs obligations en matière de prévention, selon la dernière enquête nationale sur la gestion de la santé et de la santé dans les entreprises de 2009. Certains experts ont vu dans cette externalisation la cause d’une excessive bureaucratisation de la prévention en Espagne, la rendant plus chère pour les entreprises et inefficace pour les travailleurs. D’autres voix critiques ont aussi signalé que faire de la prévention un commerce présentait des risques, ce qu’a démontré la crise économique ».

Des multinationales achètent des sociétes de prévention

« La fermeture continuelle d’entreprises a en effet ébranlé de nombreux services de prévention externes, qui avaient poussé comme des champignons sur le territoire national. Ce qui se présentait comme un secteur économique florissant commence à être considéré comme un problème pour le gouvernement. Un problème qu’il ne peut se contenter d’observer avec distance, dans la mesure où des fonds publics de la Sécurité sociale sont concernés.(…) Ces sociétés de prévention qui détiennent près de 60 % du marché dépendent des mutuelles d’accidents du travail, elles mêmes financées par des transferts de fonds de la sécurité sociale (…). Dans la situation de crise actuelle, le gouvernement commence à craindre que les sociétés de prévention n’emportent dans leur chute les mutuelles. Il a d’ailleurs incité ces dernières à vendre une partie des activités qu’elles consacrent à la prévention avant décembre 2013. Ainsi, la Femap, une des mutuelles les plus importantes du pays, voulait vendre pour 100 000 euros une société de prévention au capital de 12, 7 millions d’euros. Et elle l’aurait fait si la Sécurité sociale n’avait pas freiné l’opération au mois d’août dernier, en exigeant des garanties concernant le futur acheteur. D’autres sociétés de prévention ont ainsi été acquises par des multinationales sans aucune expérience en matière de prévention des risques professionnels (…). Le secteur de la prévention est en crise et le gouvernement n’est pas disposé à lu i venir en aide, bien au contraire ».

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