A quand un environnement de travail "age friendly" en Europe ?

28/03/2018
Qualité de vie au travail

Le vieillissement de la population active est une réalité européenne qui impose d’adapter le travail aux âges de sa main d’oeuvre. Une réalité aussi pour l’ESS dont 30% des salariés a plus de 50 ans. Le FIl Cides fait un point sur les éléments clés permettant de faire du lieu de travail un environnement age-friendly.

 

Face au vieillissement de leur population et l’allongement de la durée de vie, les pays européens sont de plus en plus nombreux à instaurer des politiques d’allongement de la durée du travail, notamment par le recul de l’âge légal de départ à la retraite. Selon une étude européenne, des pays commencent aussi à prendre en compte la nécessité d’aller vers un travail durable, c’est-à-dire des conditions de travail et une qualité de vie telles, qu’elles permettent à chacun d’entrer et de se maintenir dans l’emploi plus longtemps. Ce marché de l’emploi durable bénéficieraient aussi aux autres salariés par l’amélioration globale des conditions de travail en entreprise.

En 2017, la Commission prend ce problème de front en adoptant le Socle européen des droits sociaux   et en proposant ses premières directives liées à l’équilibre vie privée-vie professionnelle  ou pour des conditions de travail plus transparentes. Aujourd’hui dans l’Union européenne, presque 52% des 55-64 ans sont toujours en emploi (47% en France) contre une moyenne de 71% pour l’ensemble des travailleurs de 20 à 64 ans.

Dans l’optique où presque un quart des travailleurs de plus de 50 ans considèrent qu’ils et elles ne pourront plus exercer leur profession à l’âge de 60 ans (pour des raisons physiques, psychosocial…), quels sont les facteurs influençant la possibilité et la motivation des travailleur.se.s âgé.e.s à se maintenir dans l’emploi ?

Donner du sens à l’emploi

Tout d’abord, en redonnant du sens au travail. De nombreux salariés au-dessus de 55 ans déclarent par exemple n’être pas satisfait au travail en partie car ils n’apprennent plus de nouvelles choses ! Un maintien de l’offre de formation aux travailleur.se.s les plus âgé.e.s, permettrait d’éviter l’obsolescence des compétences ou des connaissances et de se retrouver à plus de 55 ans en décalage par rapport aux collègues plus jeunes. Il est ainsi nécessaire d’effectuer des mises à jour régulières ainsi ; ce qui n’est pas le cas actuellement puisque 35% des travailleurs de plus 50 ans bénéficient de formations contre 41% pour les 35-49 ans. Dans ce cas précis, la France serait plutôt bon élève en proposant plus de formations que ses voisins.

Dans le même ordre d’idées, il est primordial pour chaque travailleur d’avoir une perspective de carrière, ce qui est moins évident passé 55 ans. Cette perspective n’a pas forcément à être verticale (monter dans la hiérarchie) mais peut se traduire par un changement de poste ou une diversification des tâches, voire changer totalement de mission en participant à un programme de mécénat de compétences. De plus, en cas de perte d’emploi, la probabilité de retrouver un contrat stable est moindre pour les plus âgés, qui se verront par exemple proposer des contrats temporaires.

Concilier emploi et vie privée

De nombreuses mesures existent pour des travailleurs étant aussi parents et cela est de mieux en mieux reconnu. Néanmoins les travailleur.se.s âgé.e.s doivent eux aussi, très souvent, apporter des soins à d’autres notamment à des parents, beaux-parents ou conjoints plus âgés. Sans surprise et comme pour les travailleurs parents, ce sont majoritairement les femmes qui sont chargées de ces rôles. Des mesures prenant en compte cet enjeu, à l’image de la directive sur la question proposée par la Commission européenne, sont alors nécessaires pour cumuler le rôle d’actif.ve.s et d’aidant.e.s proches.

Dans le même ordre d’idées, des conditions de travail plus souples sont fortement appréciés, comme la possibilité de moduler ses horaires ou son lieu de travail.

La santé comme impératif

Au-delà de la santé physique, les travailleurs âgés déclarent que le stress et la pression au travail sont l’un des facteurs les plus importants dans le choix de se mettre en retraite. Une diminution de la charge de travail, des deadlines à respecter est à privilégier. Si les travailleurs d’âge moyen sont plutôt victimes de risques physiques, ce n’est pas le cas pour cette catégorie où les risques psychosociaux prennent le pas. Sans surprise, l’auto-évaluation de la santé est particulièrement basse pour les travailleur.se.s des secteurs de soins à la personne ou du care.

Des disparités européennes

La santé des travailleur.se.s et des retraité.e.s varient considérablement suivant les pays. L’espérance de vie en bonne santé à 65 ans se porte en moyenne à 8,6 ans dans l’UE, ce chiffre pouvant descendre à moins de 4 ans en Slovaquie et à l’inverse jusqu’à 16 ans en Suède, cette estimation se portant à 10,5 ans en France.

Les pays du Nord semblent en effet être les meilleurs élèves en ce qui concernent la gestion de l’âge au travail. Ces pays, comme la Suède, la Finlande, le Danemark ou l’Allemagne, connaissant un vieillissement de la population depuis longtemps et se sont adaptés en conséquence en prenant en compte ces nouvelles données dans leurs politiques publiques, par l’établissement d’objectifs chiffrés à atteindre, la reconnaissance des risques psychosociaux et la mise en place de procédures de retour au travail après des absences de longue durée pour cause de maladie.

La France se situe derrière ce groupe de tête. Si le rôle des syndicats, des initiatives de dialogue social et de la médecine du travail est à saluer depuis de nombreuses décennies, des efforts restent à faire. C’est notamment la reconnaissance et la prise en charge des risques psychosociaux qui est à aborder, une nécessité qui peut s’expliquer par la forte proportion de professions axées sur le service.