Une étude européenne montre la déconnexion entre les dispositifs d’inclusion et les jeunes qui en ont le plus besoin.

08/09/2016 Vu d'Europe
Observation et promotion de l'ESS

Ils ont entre 15 et 29 ans, ne se trouvent dans aucune formation initiale ou professionnelle et n’occupent pas d’emploi. Dans le jargon européen, on les appelle les NEET (Not in employment, education or training). Mais outre ces quelques caractéristiques générales, les NEET recouvrent aujourd’hui une complexité nouvelle que les politiques publiques, notamment européennes, peinent à appréhender. Une étude publié par Eurofound en dresse une nouvelle cartographie.

Jusqu’au début des années 1980, l’entrée des jeunes sur le marché du travail ne connaissait guère d’entraves et le niveau d’étude impactait peu leur taux d’employabilité. Alors que les Trente Glorieuses laissent place au désenchantement des Trente Piteuses, le terme NEET (not in employment, education or training) fait son apparition sur la scène politique britannique au début des années 1990 pour catégoriser les jeunes sortis du système scolaire précocement et ayant des difficultés à entrer sur le marché du travail.

 Des NEET aux visages multiples

En une vingtaine d’années, le concept de NEET s’est étendu à une population plus large et plus hétérogène composée désormais des jeunes de 15 à 29 ans exclus du système éducatif ou du marché du travail. Considérés comme les plus vulnérables en termes d’employabilité, ces derniers sont chaque année un peu plus nombreux : en 2015, ils ont franchi la barre des 14,8 millions (Source : Eurostat) et sont devenus en 2013 une véritable priorité européenne.

Pour rendre compte des différentes situations liées au chômage des jeunes, la fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) publiait cet été le rapport Exploring the diversity of NEETs. Ce rapport relève différentes sous-catégories : au-delà des chômeurs de courte et longue durée, la population NEET recouvre ainsi les jeunes malades ou en situation de handicap, ceux ayant des responsabilités familiales (pour une large majorité, des femmes), les chercheurs d’opportunités, les travailleurs découragés et « les autres inactifs » (12,5 % des NEET sondés) dont la seule spécificité est justement de n’en présenter aucune.

Des disparités régionales importantes

Si pendant longtemps, les NEET ont été perçus comme des décrocheurs scolaires, il apparait aujourd’hui que la plus grande partie de ces derniers a suivi un enseignement secondaire supérieur. Même si la probabilité de devenir NEET décroit à mesure que le niveau d’études augmente, le rapport met en exergue de grandes disparités entre les différents États membres. Ainsi, Eurofound distinguent trois zones géographiques :

  • les pays nordiques, occidentaux et continentaux d’une part (dont la France), dans lesquels les chômeurs de courte durée sont surreprésentés ;
  • les pays du Sud et de la méditerranée d’autre part dans lesquels les chômeurs de longue durée et les travailleurs découragés sont les plus nombreux ;
  • et enfin les pays d’Europe orientale dans lesquels les jeunes femmes ayant des responsabilités familiales sont largement majoritaires.

Outre les disparités en termes de profils, de nombreuses différences sont aussi à voir dans les politiques mises en œuvre. La France compte ainsi parmi les États membres ayant le plus haut taux de NEET bénéficiant de services pour leur retour à l’emploi ou à la formation après le Royaume-Uni, la Finlande et la Belgique. Eurofound souligne en effet l’incapacité de certains services publics pour l’emploi (SPE) à accompagner les NEET de manière efficace. Si 70 % de ces derniers souhaitent travailler, 57 % d’entre eux ne sont pas inscrits auprès des SPE, les situations les plus désastreuses étant relevées en Roumanie, aux Pays-Bas en Bulgarie et à Malte (moins de 20 % de NEET enregistrés).

Des dispositifs européens incitatifs pour les États

Cet isolement des NEET les empêche de bénéficier d’un certain nombre de dispositifs. Depuis la fin des années 1990, l’Union européenne n’a, en effet, eu de cesse d’intégrer les jeunes au cœur de ses politiques pour l’emploi. Le cadre stratégique actuel pour la décennie 2010-2020, la « stratégie Europe 2020 », a ainsi développé une initiative pour l’emploi des jeunes, concrétisée en 2013 par le lancement de « la Garantie pour la Jeunesse ».

Cette Garantie Jeunesse prévoit que tous les jeunes de moins de 25 ans bénéficient d’un emploi, une formation continue, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois qui suivent leur sortie de l’enseignement officiel ou la perte de leur emploi. Pour ce faire, chaque État membre s’est vu accompagné par la Commission européenne dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan national. Le Fonds Social Européen a par ailleurs été doté de 6 milliards d’euros supplémentaires sur la programmation 2014-2020 pour soutenir les États dans la mise en œuvre de leur politique nationale.

 Vers des politiques holistiques ?

Si la Garantie Jeunesse a le mérite d’avoir soutenu le développement d’un corpus de mesures pour la réinsertion socioprofessionnelle des NEET, l’évaluation de l’inclusion sociale des jeunes réalisée par Eurofound en 2015 souligne des situations encore très disparates. La fondation recommande ainsi plusieurs réformes de la Garantie. Elle invite notamment à :

  • renforcer les capacités des services publics pour l’emploi ainsi que des systèmes d’enseignement et de formation professionnelle ;
  • assurer la participation des acteurs locaux, régionaux et nationaux, en particulier les partenaires sociaux et les organisations de jeunesse ;
  • adopter une approche personnalisée qui intègre la connaissance que les NEET ne sont pas un groupe homogène, comme dans les États d’Europe du Nord ;
  • garantir la qualité des opportunités offertes aux jeunes pour assurer un retour durable à l’emploi.

Dispositif ambitieux, la Garantie Jeunesse gagnerait donc à s’appuyer sur des mesures plus compréhensives de chaque individu. De telles réformes ne pourront évidemment faire l’économie d’une contribution active des acteurs de terrain dont les contacts quotidiens avec les NEET leur confèrent une connaissance fine de cette diversité.

Seulement, quand ces NEET échappent à tout radar économique ou social, comme c’est le cas dans certains États européens, les politiques d’emploi tombent en désuétude. Seules des politiques préventives s’attelant aux facteurs mêmes de la marginalisation des NEET (décrochage scolaire, politiques d’austérité, etc.) pourraient offrir des pistes de solutions durables à l’endiguement du chômage des jeunes.