Trois questions à Frédéric Tiberghien, président de Finansol

Finansol regroupe les acteurs de la finance solidaire. A l’occasion de la semaine de l’épargne solidaire, du 4 au 11 novembre, nous avons interviewé son président sur l’utilité de cette épargne pour les associations et son potentiel de développement.

 

Dans un contexte d’augmentation de la collecte de l’épargne solidaire, y a-t-il réellement un moyen de changer d’échelle et de compter cette épargne comme une force de construction des entreprises de l’économie sociale et solidaire ?

On constate actuellement une forte dynamique de l’épargne solidaire, dont le montant s’élève à 5 milliards d’euros. Il y a des acteurs dans l’économie sociale et solidaire qui ont beaucoup grandi et atteint une taille significative, par exemple, Habitat et humanisme qui lève plusieurs millions d’euros tous les ans, Terre de liens qui achète chaque année des terres agricoles pour plusieurs millions d’euros après avoir fait appel public à l’épargne. L’épargne solidaire représente actuellement 0,2 % de l’épargne des ménages. Pour donner plus d’ampleur à ce mouvement, sous la présidence de mon prédécesseur, l’association Finansol s’est fixée comme objectif, d’ici une quinzaine d’années, d’arriver à 1 %, de cette épargne, ce qui veut dire passer à environ 35 milliards d’euros. Pour ce faire, nous soutenons la thèse qu’il faudrait introduire des compartiments solidaires dans de nombreux produits, tout d’abord, dans l’assurance-vie, à l’instar de ce qui existe déjà dans l’épargne salariale où l’épargnant a le choix d’orienter son argent dans ce type de compartiment. Rappelons que le stock d’épargne de l’assurance vie, c’est 1 500 milliards d’euros, ce qui représente un potentiel considérable. 

Nous tenons le même raisonnement pour l’épargne réglementée, je pense à tous les livrets, le livret A, le livret développement durable, etc. Il serait judicieux de commencer d’abord par mettre un volet solidaire dans le livret développement durable qui est déjà fléché sur des emplois d’activités proches de l’ESS. Voilà les grandes lignes sur lesquelles nous agissons prioritairement et ce dans un contexte porteur avec la préparation de la loi sur l’économie sociale et solidaire, et l’on sait le gouvernement très favorable aux investissements dans le secteur.
 
Quels sont les outils qui peuvent particulièrement soutenir les associations ? 
 
Nous sommes dans une période intéressante où la typologie des moyens accessibles à l’ESS est en train de se renouveler. Par exemple il a y eu avec le programme d’investissement d’avenir (PIA) surtout des prêts participatifs, on peut imaginer qu’il y ait d’autres possibilités. Comme les banques prêtent moins aux PME et PMI, le gouvernement veut développer des fonds de prêts par les compagnies d’assurance ; des assureurs ont déjà émis des montants importants, je considère qu’il n’y a pas de raison que certains gros émetteurs de l’ESS ne puissent pas figurer dans ces fonds de prêts. La banque publique d’investissement (BPI) qui se met en place dispose d’une enveloppe de 500 millions destinés à l’ESS. Ce qui va se traduire, entre autres, par des prêts participatifs. Je pense aussi au crowdfunding (le financement participatif, ndlr), dont la collecte est importante et rapide, qui peut financer des petits projets. Il ne faut pas en attendre de solutions miracles, mais ce qui est intéressant dans le crowdfunding est qu’il permet à des projets, notamment associatifs, qui n’auraient pas pu être financés de bénéficier surtout de dons et de prêts, et il touche également un public large. J’ai toujours pensé que la part du don pour financer les associations pouvait croître. Le crowdfunding fait partie des nouveaux outils. Nous sommes dans une période d’accélération, il faut positionner cette panoplie d’instruments de manière complémentaire pour le financement de l’ESS. 
 
Comment les entreprises de l’économie sociale, qui disposent de capacités de placements peuvent-elles être parties prenantes de la finance solidaire ?
 
Les financements solidaires que nous voulons promouvoir, ce sont des placements longs, c’est l’économie réelle. Il faut que l’épargnant accepte de mobiliser ses fonds au moins pendant cinq ans avec une faible rémunération. Proposer de collecter de l’épargne à court terme, je ne suis pas certain que ce soit une bonne piste. Je préfère dire à ceux dans l’économie sociale qui ont de l’argent disponible, investissez-le vous-mêmes dans des projets innovants, prenez des risques, encouragez des entrepreneurs, développez des services, etc., plutôt que d’avoir des placements à court terme.