Risques psychosociaux : des stigmates persistants malgré une implication progressive des entreprises

12/04/2016 Focus
Prévention et santé au travail

La Dares a publié deux études sur la prévention des risques professionnels et psychosociaux qui, à elles deux, donnent une vision globale des catégories de salariés les plus touchées et des pratiques des entreprises en matière de prévention. Si le sujet préoccupe un nombre grandissant de structures, les femmes et les fonctions d’exécution restent nettement les catégories les plus exposées.

L’intérêt premier des deux études publiées par la Dares sur les premiers mois de 2016 repose sur l’ampleur du sondage réalisé. La première étude publiée en janvier traite de « L’organisation du travail à l’épreuve des risques psychosociaux » et s’appuie sur les résultats de l’enquête Sumer réalisée en 2010 (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels). Les données de l’enquête Sumer proviennent des réponses de près de 50 000 salariés interrogés par 2400 médecins du travail, représentatifs de 22 millions de salariés. La seconde étude, s’intéresse aux mesures mises en œuvre par les employeurs privés et publics en matière de prévention des risques professionnels (risques physiques et psychosociaux). Elle s’appuie sur les réponses de 8000 employeurs ou responsables d’établissement dans le cadre du volet employeur de l’enquête Conditions de travail 2013.

Malgré l’écart de trois ans entre les deux collectes de données, la lecture croisée de ceux deux études, donne un relief particulier au sujet des RPS et le chemin restant à parcourir par les entreprises en matière de prévention.

Les femmes restent les plus exposées au job strain

Ce n’est pas un scoop, mais les femmes sont les premières exposées aux RPS. Selon la Dares, elles sont 26 % à vivre une situation de job strain autrement dit de tension au travail, contre 21 % des hommes. « Cette différences est surtout due à un écart significatif concernant le manque d’autonomie et les marges de manœuvre, qui touchent davantage les femmes que les hommes » et ce quelque soit la fonction (hormis le secrétariat).

L’autre facteur d’exposition au Job strain est la catégorie socioprofessionnelle. Les employés et ouvriers non-qualifiés sont plus souvent en situation d’être tendus. Cette tension est le fruit de deux facteurs conjugués : la forte demande psychologique (nécessité de travailler dans l’urgence notamment) et la faible latitude décisionnelle du poste. C’est ce qui explique que les cadres sont moins touchés car s’ils sont exposés à une forte demande psychologique et donc au stress, ils bénéficient d’avantage de marge de manœuvre pour y répondre. Le job strain créer un risque supplémentaire pour la santé physique et psychique des salariés.

Des actes, mais peu d’approche globale de la part des entreprises

Du côté des entreprises, l’étude sur la prévention des risques professionnelle décrit une évolution positive quant à la prise en compte de la problématique par les employeurs puisque près de 60 % des employeurs (public et privé) déclarent avoir pris au moins une mesure de prévention des risques professionnels durant l’année précédente l’enquête. Si 15 % des employeurs interrogés estime que plus de la moitié de leurs salariés sont exposés à un risque physique, près de 20 % disent être conscient de l’exposition aux RPS, de la moitié de leurs salariés. Des RPS au premier rang desquels les employeurs (12 % d’entre eux) citent « le travail dans l’urgence ».

Mais les principales mesures de prévention prises récemment par les entreprises concernent la prévention des risques physiques. Les nouveaux équipements de protection individuelle, la formation à la sécurité concernent chacun 20 % des établissements alors que la modification de l’organisation du travail ne concerne que 10 % d’entre elles.

Les entreprises peinent encore à développer une approche globale de leur démarche de prévention. Moins de la moitié d’entre elles (46 %) disent avoir élaborer ou actualisé un document unique d’évaluation des risques (DUER) alors qu’elles y sont obligée depuis 2001. Et parmi la moitié d’entreprises disposant d’une DUER, seules le tiers y ont intégré les RPS.

Des raisons d’espérer ?

Les bons élèves, selon l’étude sur les mesures mises en œuvre par les entreprises, sont les grands établissements du secteur marchand. 93 % des entreprises privées employant plus de 250 salariés ont élaboré ou actualisé leur DUER. Les catégories socioprofessionnelles les plus exposées aux RPS (employé, ouvrier non qualifié) se trouvant en nombre dans ces grandes entreprises, il est à espérer que le contenu des DUER contribue à améliorer leur situation.