Présidentielle 2017 : l’Uniopss défend un projet de société avant de faire des propositions

03/03/2017 Focus
Observation et promotion de l'ESS

Devant ses adhérents, puis face aux représentants des principaux candidats à l’élection présidentielle (hors FN), l’Uniopss a dévoilé le 28 février son projet de société « Faire de la solidarité une valeur de référence », estimant que, dans le contexte politique actuel, la priorité est à la défense des valeurs.

En apparence très général, le projet de société dévoilé par l’Uniopss à l’occasion de la campagne présidentielle, est d’abord un acte politique posé par l’un des plus importants réseaux associatif du secteur sociale et médico-social. Défendre « l’accès de tous aux droits de tous » (en référent notamment aux migrants), promouvoir la parole de tous dans la vie démocratique, syndicale, associative ou sociale, placer la prévention comme « pivot des politiques publiques » sont autant d’évidences que l’ont retrouve dans le document présenté le 28 février dernier à Paris. Mais, selon son président, Patrick Doutreligne, « c’est dans les moments de dépression qu’il faut retrouver de la visibilité » Autrement dit, le contexte politique, économique et social actuel, nécessite de replacer les valeurs qui animent la République au centre de tout débat sur ce que devra être le secteur social et médicosociale et la place des associations. « Au lieu de faire une énième plateforme de propositions, il s’agissait de choisir un projet de société (…) Il détermine des valeurs qui, quelque soit le président et la majorité que nous aurons, devront absolument être tenues ».

Le danger : assistance versus assistanat

En réaffirmant les principes de base, l’Uniopss espère tordre le cou à la confusion qui grossit entre assistance et assistanat : « Cette confusion, voulue par certains politiques est très dangereuse. On essaye de faire croire que l’action de solidarité que nous avons pour des concitoyens en difficulté n’est pas le ciment de notre société qui permet que chacun a le droit d’avoir sa place, » alerte Patrick Doutreligne, « C’est extrêmement dangereux de dire que [les minimas sociaux – RSA, ASS, prime d’activité] coûtent trop cher. 1 % du PIB ! Ce n’est pas dérisoire, mais c’est extrêmement faible ! »

L’autre objectif de ce projet de société est de reprendre un rôle plus politique au sens où un tel réseau, né il y a soixante-dix ans pour agir auprès des pouvoirs publics en faveur des personnes en difficulté se doit d’évoluer dans sa manière de convaincre du bien fondé de son action. « il y a 70 ans nous faisions pour [les autres], il y a trente ans, on a compris qu’il fallait faire avec [les autres] et aujourd’hui nous devons passer au « faire ensemble » .» Cela se concrétise, dans le texte, par une volonté de donner de l’ampleur à  la participation de toutes les composantes de la société civile à l’élaboration des solutions et à la coconstruction des politiques publiques. « Et le rapprochement des mondes mutualistes et associatifs doivent nécessairement aller beaucoup plus loin, bien au-delà de la simple étiquette commune de l’ESS », ajoute le président de l’Uniopss.

Mais pour redynamiser la participation du secteur social et médicosocial au débat public, il faudra aussi retrouver de la visibilité, créer les chambres d’échos nécessaires que ce soit en terme de messages que d’outils tels que les réseaux sociaux. Mais l’un des premiers chantiers sur ce champ, sera de réfléchir au nouveau nom de l’Uniopss, un nom qui devra nécessairement exprimer beaucoup plus simplement l’essence du réseau que cet acronyme dont l’économie sociale c’était fait une spécialité. Patrick Doutreligne espère pouvoir dévoiler ce nom après un large processus de concertation« d’ici l’automne, au moment de l’événement organisé pour le 70e anniversaire » de l’Uniopss. En attendant, le projet de société sera complété, tout de même par un certain nombre de propositions concrètes afin d’alimenter le débat des élections législatives. Une sorte de « deuxième lame » après le projet de société.

 Ce qu’en disent les candidats…

Lors de la rencontre avec les représentants des candidats à l’élection présidentielle, deux questions leur étaient posé :

  • Sont-ils prêts à s’engager sur une loi de programmation de la lutte contre la pauvreté et les exclusions, sur le même modèle des lois de programmation militaire qui fixe sur cinq ans le cap et faire ainsi de la pauvreté et l’exclusion une priorité du prochain gouvernement ?
  • Souhaitent-ils faire de la prévention un pivot des politiques publiques en incluant un volet prévention dans tous les projets de loi ?

Les quatre candidats représentés (François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon) ont dit accepté de faire de la pauvreté et des politiques de prévention une priorité de leur quinquennat sans que cela gomme nuances et différences entre eux.

Isabelle Le Callennec, députée d’Ille-et-Vilaine et représentante du candidat LR François Fillon a rappelé que « pour François Fillon, la première inégalité c’est le chômage, la priorité c’est le plein emploi et il considère que c’est possible. Le premier moyen : donner de la compétitivité aux entreprises. » En terme d’outillage gouvernemental, la priorité est de prolonger le travail réalisé par le plan pluriannuel de lutter contre la pauvreté et s’appuyer sur sont évaluation annuelle afin d’aller de retenir ce qui fonctionne et aller plus loin sur le reste. La députée a affiché la volonté de travailler « dans un esprit de dialogue avec les partenaires associatifs » et rappelé que s’il fallait défendre l’accès aux droits, « il y avait aussi des devoirs ».

Christophe Itier, ex-président du Mouves et représentant d’Emmanuel Macron (EM !), a lui insisté sur la volonté de son candidat de travailler sur l’écosystème de l’économie sociale et solidaire notamment en annonçant la création, par l’Etat, d’un accélérateur de l’innovation sociale. Plus globalement « nous souhaitons mettre en place un système qui vous donner plus de visibilité sur ces subventions et financements et qui engage les financeurs sur des cycles de financement plus clairs. Avoir un cadre économique et financier beaucoup plus stable. (…) [Nous souhaitons] recréer de l’autonomie pour les associations. A force d’être dans des logiques descendantes on passe à côté de ce qui a fait les politiques sociales. «

Jérôme Guedj, député de l’Essonne et représentant de Benoît Hamon (PS), a répondu aux questions de l’Uniopss en mettant en avant l’utilité du débat sur un revenu universel d’existence au sens où il répondait à l’exigence de « combler les trous de la raquette de la protection sociale (…)Son objectif est la lutte massive contre la pauvreté avec une logique progressive : +10 % du RSA, l’automaticité des droits et l’ouverture de ces droits aux 18-25 ans. » En matière de prévention, ce sont les choix politiques d’interdiction à terme des véhicules diesel ou la lutte contre les perturbateurs endocriniens, hissés comme mesures de santé publiques qui doivent convaincre que la prévention est effectivement un enjeu de taille pour le candidat du PS.

Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise) s’est adressé aux associations en estimant que « ce serait vous mépriser que de dire que la pauvreté est une problème d’organisation de notre système économique. Il la fabrique. C’est une bataille politique dont vous êtes des acteurs indispensables. » Il a rappelé que son candidat prévoyait d’investir 100 milliards d’euros à emprunte à la Banque centrale européenne et aux banques publiques d’investissement pour les injecter dans l’économie dont 33 milliards dans la lutte la pauvreté. En plus de l’automaticité des droits, Alexis Corbière a évoqué la mise en œuvre d’une garantie dignité. « S’il y a un seuil de pauvreté, il n’est pas acceptable que notre système d’aides sociales puissent laisser en dessous du seuil de pauvreté un individu. »