Les emplois d’avenir décollent

Le rythme a désormais changé. Le retard à l’allumage que l’on pouvait constater avant l’été n’est plus d’actualité, le gouvernement annonce 500 contrats en emplois d’avenir signés tous les jours. Que s’est-il passé ? Eclairages à partir du rapport parlementaire qui vient d’être publié et avec des observateurs et acteurs de l’ESS.

Si on parle beaucoup de la « grande panne des contrats de génération », le nombre des contrats en emplois d’avenir, lui, est en train de décoller : le rapport parlementaire de Jean-Marc Germain remis au Premier ministre le 18 septembre comptabilise 54 000 contrats signés dont 36 % dans les collectivités locales et 35 % dans les associations (18 900 jeunes en emplois d’avenir), 10 % dans les établissements de santé et 11 % dans les entreprises privées (voir encadré complémentaire ci-dessous). Ces chiffres expliquent très certainement l’optimisme – qui ne leur était pas habituel jusque là – d’observateurs et d’acteurs du monde associatif, ces derniers allant même jusqu’à évoquer la perspective de 30 000 à 35 000 jeunes embauchés à la fin de l’année dans le secteur. Un renversement de tendance si l’on en croit les résultats de l’enquête d’opinion du cabinet d’experts Recherches & solidarités auprès des responsables associatifs publiés en juin, qui soulignaient leur crainte de ne pas pouvoir pérenniser les postes (68 %) et de manquer de moyens financiers pour compléter l’aide (58 %).

Comment expliquer cette accélération ?

La mobilisation des services de l’Etat a été considérable, estime le rapport parlementaire. Les Direccte (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) ont mis les bouchées doubles et suivi l’impulsion donnée par le ministère du Travail, dont Michel Sapin, qui a su faire « une amicale pression »… Le rapport souligne aussi « l’indéniable valeur ajoutée des missions locales » (au centre du dispositif NDLR) vis-à-vis des jeunes malgré des disparités dans les résultats.

Dans les associations que se passe-t-il ?

Pour Jacques Malet, président de Recherches & solidarités si l’on commence seulement maintenant à observer cette montée en charge des emplois d’avenir dans les associations « c’est parce qu’il faut du temps pour élaborer des projets et l’offre de formation n’était pas encore en place ». Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, les cursus de formation ont bien démarré : Sébastien Darrigrand, délégué général de l’Udes (Union des employeurs de l’économie sociale) confirme cette tendance et indique que « quatre jeunes sur dix sont engagés dans des formations qualifiantes dans le secteur non marchand, un taux que l’on doit entre autres à une collaboration étroite entre les missions locales et les membres de l’Udes et au travail réalisé par les OPCA en général et Uniformation en particulier qui déploient leurs premières formations ». Les conseils régionaux ont également contribué à cette mise en place. Pour rattraper le retard à l’allumage, l’Udes a demandé aux pouvoirs publics que les sommes allouées à la formation du Fonds de sécurisation des parcours professionnels soient reportées. Une demande qui a de grandes chances d’être entendue.

Les principaux employeurs associatifs recruteurs sont essentiellement des grandes structures du médico-social, des services à la personne, de l’hébergement médico-social, et du sport. Le plus « souvent pour créer une activité qui n’existait pas auparavant, observe Jacques Malet. En revanche, dans les petites associations, cela va doucement, mais il y a un mouvement. On sent que beaucoup d’entre elles qui n’étaient pas éligibles souhaitent désormais embaucher ».

Pour plus d’information générale sur les associations :

Télécharger la publication de Recherches & solidarités « La France associative en mouvement » qui vient de paraître sur leur site : www.recherches-solidarites.org

Chiffres et observations du rapport parlementaire

84 % des jeunes n’ont pas le bac, 89 % en métropole, 3 % sont reconnus travailleurs handicapés

30 % des jeunes résident en zones prioritaires, dont 15 % en zones urbaines sensibles (moins que l’objectif annoncé de 20 %)

Les zones fortement urbanisées sont en retard (agglomération lyonnaise et parisienne)

Le rapport parlementaire souligne les points de vigilance : un nécessaire meilleur déploiement dans les zones urbaines sensibles, l’accompagnement des missions locales, la formation pour chaque jeune qui « doit demeurer une obligation pour permettre à chaque jeune de progresser ».