Intensification et pénibilité en débat aux rencontres de Santé & travail

« Intensification, pénibilité… où est passée la qualité de vie au travail ? » tel était l’intitulé bien interrogatif des débats des rencontres Santé & travail du 4 décembre dernier. Au menu : la présentation des résultats de l’enquête de la Dares sur le sujet, le rôle des managers, le Lean management, etc. Quelques éclairages de cette journée.

L’enquête de la DARES (34 000 répondants), présentée lors de la rencontre Santé & Travail par Thomas Coutrot, économiste et chef du département conditions de travail et de santé à DARES, fait apparaître plusieurs points. Les salariés vivent avec de plus en plus de contraintes, par exemple, les employés de commerce sont de plus en plus soumis aux contraintes du client, mais aussi aux contraintes industrielles, et ceux du secteur public vivent également une accélération du rythme de travail et ce surtout depuis 2005.

D’ailleurs, depuis ces années, on constate une accentuation des changements organisationnels, une hausse du sentiment d’insécurité (en même temps que les contrats précaires s’accroissent) et une crainte de plus en plus forte de perdre son emploi.

Des bouleversements paradoxaux

Ces bouleversements ont des incidences sur les collectifs de travail, avec une augmentation des tensions (dont le harcèlement). Mais, on constate aussi, et c’est un paradoxe, qu’une proportion de salariés se dit aidée depuis 2005. Avec notamment des possibilités de coopérations collectives, de discussions et de nouvelle organisation du travail, et ce, malgré des comportement hostiles plus fréquents (des données qui apparaissaient déjà dans l’enquête Sumer de 2003-2010). Pour Thomas Coutrot, on peut conclure que « dans un contexte d’intensification, les collectifs tendent à se serrer les coudes, mais deviennent également plus excluants vis-à-vis des collègues dont le rendement est moindre ».

Le Lean management, source de turn over

Autre aspect, mis en exergue  au cours de la première table ronde , le Lean management avec la mise en place de nouveaux modes organisationnels, par exemple dans le secteur des banques et des assurances. Ainsi, 60 % des banques s’essaient au Lean, ces entreprises reconnaissent aujourd’hui que ce mode de management mène à des tensions. Depuis dix ans environ, on observe que cette méthode managériale suscite turn over et absence de mémoire des entreprises.

Auxquelles s’ajoutent la particularité du rôle des managers, de plus en plus éloignés du travail (car pris dans une machine gestionnaire) : « Ils sont plus loyaux vis-à-vis de leur entreprises, au regard du contexte actuel, mais se trouvent parallèlement pris dans un jeu de lutte des places (pour reprendre l’expression, notamment utilisée par de Vincent de Gaulejac) ». Désormais, ces salariés managers peuvent réaliser des choses dont ils ne sont pas fiers, en raison d’absence de sens et de baisse de leur reconnaissance. (En référence à Christophe Dejours).