Emploi d’avenir : la Dares et la Cour de Comptes tirent des bilans différents

20/04/2017 Brèves
Observation et promotion de l'ESS

Deux rapports distants de quelques mois dans leur publication apportent un regard différent sur les emplois d’avenir. D’un côté la Cour des comptes remet en cause l’impact des emplois d’avenir, tandis que la Dares, plus récent évalue positivement leur impact en terme d’insertion. Décryptage de ces différences.

D’un côté, le Rapport de la Dares publié en mars dernier étudie l’insertion des jeunes sortant d’emploi d’avenir non marchand en la comparant à celle des jeunes sortant de contrats uniques d’insertion-et contrats d’accompagnement dans l’emploi (CUI-CAE) de même niveau de formation. De l’autre, le Rapport de la Cour des comptes diffusé quelques mois plus tôt (octobre 2016) évalue l’impact des dispositifs d’aide à l’emploi sur l’insertion des jeunes, comprenant entre autres les emplois d’avenir. Au milieu : les emplois d’avenir.

Créés par la loi du 26 octobre 2012, ces contrats sont destinés aux jeunes de 16 à 25 ans ayant une faible qualification et confrontés à une insertion professionnelle difficile. Les premiers jeunes sortant des emplois d’avenir ont été interrogés par la Dares six mois après la fin de leur contrat, pour faire le point sur l’état de leur insertion et le comparer aux jeunes ayant bénéficié d’un CUI-CAE (niveau d’études jusqu’au CAP-BEP et/ou résidant dans une zone sensible). L’emploi à plein temps (35H/semaine) et le versement d’une aide à l’employeur sur une durée maximale de trois ans différencient les emplois d’avenir des CUI-CAE. Quelles conclusions en tire la Dares ?

La durée de l’emploi est facteur d’insertion

En 2013, près de 9 000 jeunes sont entrés en emploi d’avenir non marchand. Pour 43% d’entre eux, l’emploi d’avenir a duré trois années entières. Selon le rapport, « parmi les jeunes entrés en emploi d’avenir non marchand au cours du premier trimestre 2013, 51% sont en emploi six mois après la fin de leur contrat et 5% sont en formation ». Si l’insertion sur le marché de l’emploi des jeunes bénéficiant de l’emploi d’avenir est la même que ceux bénéficiant d’un CUI-CAE, en revanche, 46% des jeunes sortant d’emploi d’avenir sont en emploi non aidé. Autre information significative : plus les jeunes restent longtemps en emploi d’avenir, plus leur taux d’insertion dans l’emploi est élevé et supérieur aux jeunes sortant de CUI-CAE. Cela s’explique par le maintien des jeunes chez leur employeur après la fin de la prise en charge : 29% d’entre eux sont alors concernés. A ce titre, les jeunes ont plus de chance d’être embauchés après leur emploi d’avenir dans une collectivité territoriale (33%) que dans une association (24%).

Parmi les facteurs favorisant l’insertion dans l’emploi après la fin du contrat aidé, on retrouve le suivi de formation pendant le contrat : le taux d’insertion est alors de 54% contre 36% pour ceux qui n’en ont pas bénéficié. Le rapport ajoute que « le dispositif de l’enquête ne permet pas de distinguer l’impact de deux effets possibles : les formations ont augmenté l’employabilité des bénéficiaires, ou alors ce sont les jeunes les plus motivés ou les plus employables qui ont eu le plus accès à des formations ». A ce sujet, le rapport de la Cour des Comptes est en dissonance.

. Si le nombre de formations est jugé insuffisant, les contrats aidés sont surtout accusés de mal cibler les jeunes qui en ont le plus besoin pour au final être captés par des personnes plus qualifiées, avec en première ligne des employeurs s’octroyant des dérogations pour embaucher des jeunes rapidement opérationnels et d’un niveau de qualification plus élevé. « Pour les bénéficiaires, les trajectoires d’accès à l’emploi restent fondamentalement déterminées par le niveau de formation, notamment pour les jeunes les plus fragiles et les plus éloignés de l’emploi » explique la Cour des Comptes. L’organisation préconise de recentrer les crédits budgétaires sur des mesures de moins longue durée jugées plus efficaces, comme la Garantie jeunes, les dispositifs de deuxième chance et les formations en alternance. Est également pointée du doigt la multiplicité des acteurs qui nuisent à la performance des dispositifs (pôle emploi, missions locales…) et qui souvent se recoupent et se concurrencent. Autre reproche fait aux dispositifs d’aide : les jeunes ne sont pas suffisamment accompagnés pendant leur parcours et ne bénéficient pas assez de suivi.

En conclusion, d’après la Cour des Comptes, les résultats obtenus par les différentes aides pour l’accès des jeunes à l’emploi sont décevants : « il en découle plusieurs changements souhaitables : accorder une moindre priorité aux contrats aidés ; les considérer davantage comme des phases transitoires, en particulier vers la formation ; et enfin davantage recourir aux formes classiques d’alternance ». La Dares met quant à elle en avant un taux d’insertion équivalent entre les sortants d’emplois d’avenir et les CUI-CAE (la moitié des jeunes en emploi). Ils s’accordent néanmoins sur le fait que le niveau de formation initiale a une influence sur le taux d’insertion dans l’emploi.