ASH : Evaluer l’utilité sociale, revenir aux sources

26/05/2016 Revue de presse
Observation et promotion de l'ESS

La question de l’évaluation de l’utilité sociale n’est pas nouvelle, mais elle a été bousculée par la montée en puissance de la notion d’impact social qui prend le parti de se concentrer sur le dialogue avec les financeurs. Dans un article structurant, les ASH (Actualités sociales hebdomadaires) dressent les enjeux renouvelés de l’affirmation de cette notion, des méthodes et raisons d’être de son évaluation pour les associations.

« Dans un monde où la valeur se mesure avant tout à l’aune de critères économiques, les associations sociales et médico-sociales peinent à mettre en évidence le fait qu’elles produisent des richesses (renforcement du lien social, réduction des exclusions, mise en œuvre des droits fondamentaux…) échappant aux radars des indicateurs classiques. Comment mesurer leur contribution à l’intérêt général ? » Fort de ce constat en forme interrogative, l’article Evaluer l’utilité sociale, un enjeu pour les associations (ASH n° 2961 du 20 mai) explore les raisons d’être de l’évaluation de l’utilité sociale, les méthodes existantes, ses impacts sur le projet associatif tant sur le plan de son appropriation par les parties-prenantes que pour fonder son évolution dans un contexte où la baisse des financements publics pousse à réviser les modes d’action et à diversifier les ressources.

Utilité sociale versus impact social

Les ASH rappellent qu’’historiquement, l’utilité sociale « s’est forgée en référence au secteur associatif » mais est aussi une « façon de lutter contre la généralisation depuis la fin des années 2000 de la notion d’impact social. D’origine anglo-saxonne, celle-ci est davantage prisée par les entrepreneurs sociaux. » Augustin Gille, doctorant qui conduit une recherche sur l’utilité sociale de l’UCPA, soutenue par l’Uniopss, la Fondation Crédit coopératif, la Caisse des dépôts et consignation et Chorum explique : « l’évaluation de l’utilité sociale s’inscrit dans une approche plus globale qui part des finalités de la structure. Par exemple, on ne se limitera pas à mesurer les taux de retour à l’emploi des bénéficiaires d’une association d’insertion, mais on s’intéressera aussi à ce qu’elle propose d’original dans la manière de concevoir la vie en société ».

Cette évaluation revêt alors une double vocation, expliquent les ASH, reprenant-là une analyse de l’économiste Jean Gadrey : une vocation externe qui est de montrer la pertinence du modèle associatif et une vocation interne : réaffirmer son identité au travers d’une réflexion collective. Malheureusement, « dans le contexte actuel, les associations sont en position défensive et ont souvent d’autres priorités, ce qui explique qu’elles n’ont pas suffisamment investies ce type d’évaluation. Il faut faire évoluer les chose », selon Henri Noguès, économiste et président de la commission « modèles socio-économiques associatifs » à l’Uniopss.

Des effets positifs

Les effets positifs sont pourtant importants pour ceux qui se sont lancés. Pour l’Association départementale des actions de prévention des Bouches du Rhône (ADDAP 13), citée par les ASH,, l’évaluation permet de mettre en évidence l’ensemble des activités de l’association et d’autre part de réfléchir aux coûts évités, par exemple en termes de dégradation urbaine. Par ailleurs, l’évaluation permet de donner du recul aux équipes salariés sur leurs activités. Au Apprentis d’Auteuil, les éducateurs « ont acquis une distance par rapport à leurs pratiques ce qui leur permet de mettre en perspective leur activité et de donner du sens à leur action », selon Julien Kleszczowski, responsable du projet au sein de l’association. Il ajoute « de manière presque contre-intuitive, il s’est avéré que les financeurs ne souhaitaient pas tant connaître l’efficacité des actions que mieux les comprendre. Ce qui conforte l’approche qualitative de l’évaluation de l’utilité sociale et désamorce la crainte d’une évaluation de contrôle axée sur le quantitatif ».